Maquis intégrés à la B.L.L..

En-tête

Répartition des maquis :


- Groupe de commandos, puis 1er Bataillon
  - Maquis AIGOUAL-CEVENNES (CFL) – Gard :
  - 32ème CIE (FTP) – Gard     
  - Maquis de DURENQUE (ORA)  Aveyron (v. fait d'armes ignoré)
  - Maquis «LES CORSAIRES> (ORA) Aveyron       
  - Maquis ROLLAND (AS) Aveyron
  - Maquis BAYARD Aveyron

- 2ème Bataillon:
 - Maquis ARETE-SAULE (AS Aveyron) : Cdt. TESTOR, puis BRUNET en Autriche
 - Maquis DU GUESCLIN (AS Aveyron) : Lt.Colonel LEROY
 - Maquis Jean-Pierre (MNPRG Aveyron) : Cne MONTEIL alias JEAN-PIERRE

- 3ème Bataillon :
 - Maquis FTPF BEDARIEUX (Hérault)
 - Maquis BIR-HAKEIM (AS) Hérault
 - Maquis ANTOINE (CFL) Aveyron/Tarn

En-tête

MAQUIS O.R.A DE LA SELVE


Les deux embuscades du 06 août 1944 à MOULIN DE CLARY et  à BONNECOMBE en  Aveyron ont été l’un des préludes à la libération de RODEZ.

La communication récente d’archives inédites, de témoignages d’acteurs, de nombreux recoupements ont permis enfin d’en savoir un peu plus sur une affaire dont on a beaucoup parlé. Il s'agit aussi de l'honneur d'un homme traîné dans la boue: le capitaine CABOT qui commanda l'embuscade de MOULIN-DE-CLARY.

Récit de René BRUGIE

 Situation générale

 Le 20 juillet, un attentat mené par des officiers généraux allemands contre HITLER, a échoué. Depuis 2 mois, sur le front de Normandie et sur le front de l’est, l’avance inéluctable des alliés se poursuit. L’échec de la contre-offensive menée par Von RUNSTEDT à MORTAIN le 7 août marquera le début de la débâcle des troupes allemandes.

Depuis le 5 juin, date du débarquement en Normandie, le Général REVERS chef du mouvement national O.R.A. à donner l’ordre d’ harceler les convois allemands qui se déplacent.

Le 5 août 1944, un coup de téléphone de la poste de ST. JEAN-DELNOUS en Aveyron, signale au Commandant SCHUMACKER, chef du mouvement régional O.R.A. à ALBI le passage d'une colonne allemande d’une vingtaine de véhicules en provenance de VALENCE d'ALBI. Elle cantonnerait à REQUISTA et une partie bivouaquerait dans les bois environnants.

La scène se passe 10 jours avant la date du débarquement des troupes françaises à  TOULON La côte varoise est pilonnée par l’aviation depuis avril 44. Tout incline pour un débarquement prochain en Provence et le retrait général des Troupes allemandes du sud-ouest vers la vallée du Rhône. Le  Commandement allemand redoute la prise en tenaille de ses forces entre  les deux  débarquements (normand et varois).

 Situation locale.

La colonne allemande est une unité de la Wehrmacht.  Leurs exactions ont été moins nombreuses et moins cruelles que celles qui ont été commises par les Waffen SS. Ce point de vue reconnu au Tribunal de NURENBERG reste  néanmoins contesté par quelques historiens. Piètre consolation pour les familles des victimes civiles qui périront comme otage parce qu’elles étaient là, par hasard. Mais le pire a peut-être été évité. Depuis le 2 août 1944, l’O.R.A (organisation Résistance Armée) a été organisée par son chef départemental, le Commandant Frédéric PUGET, alias ADHEMAR:

- Poste de Commandement (P.C.) à LA SELVE avec 1 poste émetteur-récepteur servi par un agent parachuté
• Commandant PUGET, alias ADHEMAR
• Capitaine BENEZIT, officier adjoint
• Lieutenant MALAVAL Officier des détails
• Aspirant GIRARDIER, Officier de renseignements
• Lieutenant MICHEL, Officier interprète
• Médecin Capitaine René DESTOURS

Détachement nord:
- Secteur de MAGRIN – STE. JULIETTE  aux ordres du S/Lieutenant CROCCICHIA, alias BIANCA.
- Secteur d’ARVIEU – LAGRANDVILLE aux ordres du Lieutenant Robert FIRTION. Ce maquis existe depuis plusieurs mois, soutenu par la Société méridionale d’exploitations minières dont le Lieutenant FIRTION est le représentant pour le midi de la France (fourniture en hommes, explosifs et autres moyens dont la Société dispose).
- Secteur  SALMIECH aux ordres du Lieutenant Pierre JAUDON.

Détachement Centre à CASSAGNES-BEGONHES chargé du Rassemblement et de  l’Instruction confié à M. ALLIER

Détachement Sud aux ordres du Capitaine CABOT, en attente de formation
- Secteur  LA SELVE – RULLAC – LAGARDE
- Secteur  AURIAC – DURENQUE
- Secteur  REQUISTA – LANCON

L’administration est confiée au Lieutenant MALAVAL qui transfère au PC à LA SELVE, vivres, tabac, denrées..

Effectifs :
Le Commandant Eugène BRUGIE, adjoint d’ADHEMAR, fait la liaison entre LA SELVE et RODEZ pour recruter et réguler la montée des hommes et cadres au maquis. "Il faut freiner l'impatience de certains pour partir, dit’il. Personne n'est plus en sûreté et chacun craint pour sa famille. D'autre part le groupe qui vit à LA SELVE et dans les fermes environnantes est une charge pour le pays et personne ne sait combien de temps cela va durer. Il faut aussi que l'ennemi ne s'aperçoive pas de l'absence d'un grand nombre d'Officiers et de Sous-officiers qui assument une charge dans les administrations."

Hébergement :
Jusqu’à la date du débarquement, il est convenu que la plupart  des hommes resteront dans leurs foyers prêts à rejoindre la section où ils sont affectés. Certains, par crainte d’arrestation, se cachent isolément à la campagne chez des amis ou parents. Un noyau de 35 à 40 maquisards par secteur reste sur place pour la réception des effectifs, des parachutages, l’instruction, le stockage  et l’entretien du matériel.

Equipements et armements :
- Certains vêtements et équipements, armes et munitions appartenant au 3ème bataillon du 51°R.I. (Armée d’armistice) à la caserne Burloup à RODEZ, ont été soustraits des inventaires et camouflés au nez de la Commission de surveillance dite de Wiesbaden. Véritable passoire,  cette organisation sensée contrôler, à partir de registres fantaisistes, les armements autorisés par la Convention d’armistice, n’aura servi que de paravent aux ordres de camouflage prescrits par l’Etat-major de l'Armée. Oui, le général de LATTRE DE TASSIGNY qui commande la division à MONTPELLIER se rend régulièrement à VICHY. Non, le général n'adhére pas à l'idéologie du Maréchal.   
- D’autres, sont soustraits de gré ou de force à l'Escadron de la Garde stationné à RODEZ.
- Les  parachutages reçus à VILLEFRANCHE de ROUERGUE,  CASSAGNES et la ferme MONTEILLET à DURENQUE apportent l’essentiel de l’armement  et munitions: grenades Mills et Gramont, mitraillettes Sten, armes collectives (mitrailleuses, mortiers de 60 mm, fusils-mitrailleurs).
Enfin, signalons l'apport important en explosif, véhicules, de la Société méridionale d'exploitation minière qui héberge, en outre, bon nombre de réfractaires au S.T.O. (voir secteur ARVIEU). 

L’O.R.A se présente comme un mouvement patriotique exclusivement militaire sans objectif politique en dehors de la libération et du retour aux élections. Encadrés par des militaires d’active, les maquisards sont des réfractaires au S.T.O et des jeunes de tous âges et de toutes classes sociales. De ce fait, ils ont la faveur de parachutages enviés par des mouvements qui ne cachent pas leur caractère révolutionnaire.  

Gilbert de CHAMBRUN, alias CARREL, Chef régional F.F.I. demandera à l’O.R.A. de répartir équitablement les armes aux autres mouvements qui en sont privés.  Il  obtiendra du Commandant Frédéric PUGET une mitrailleuse, des fusils et munitions qu’il remettra à un maquis F.T.P. Ces derniers, totalement dépourvus de matériels, armements et moyens d’existence se sont acquis mauvaise réputation en raison des réquisitions parfois abusives menées auprès de propriétaires et bureaux de tabacs.

Véhicules – Essence
Proviennent de la réquisition  et du camouflage entrepris par l’Armée d’armistice. Le Capitaine VILLEROY alias JACQUES raconte comment il a convoyé 12.000 L d’essence cachés à LANUEJOULS par ordre du général de LATTRE avant qu'il ne soit arrêté.  Mis à leur disposition par le général ZELLER, ils seront stockés à MONTEILLET, prés de DURENQUE. Le Capitaine VILLEROY "réquisitionne" à MONTPELLIER un camion de transport de viande gazogène. A la barbe des allemands, en 2 rotations, le stockage est réalisé par fûts de 200 l dans une annexe de la ferme appartenant aux fromageries de ROQUEFORT et mis à leur disposition par son directeur M. FRECHET qui venait d'être arrêté.
 
Ces réquisitions ont donné lieu à quelques abus rapportés complaisamment et avec indignation à la libération, par ceux là même qui n’avaient pas eu une attitude des plus patriotiques et attendus des jours plus heureux pour endosser leur uniforme remisé sagement dans la naphtaline..

Discipline
A l’égard des réquisitions, les Instructions du Commandant Frédéric PUGET (NDS du 02 août 1944) sont très claires. «… Il est apparu au chef de bataillon que certaines perceptions ont été effectuées sans nécessité et que sous couvert de la résistance, des actions arbitraires ont été entreprises à l’initiative de certains membres du groupement qui ont agi en bandits.
Il faut que ses membres sachent bien qu’aucun acte de vandalisme ne sera toléré et que ceux qui se seront rendus responsables de tels actes seront poursuivis et condamnés quels que soient les services qu’ils aient pu rendre. La prévôté du maquis est dés maintenant alertée, les enquêtes se poursuivent et les responsables de pillages seront dénoncés.
 
Le Commandant Eugène BRUGIE note dans ses mémoires (de Rodez à Berlin - parues aux  Annales Militaires du Rouergue ). " Localement, le comportement de l' O.R.A. disciplinée, construite sur le modèle militaire, encadrée par des officiers et sous-officiers d'active, exerce une action bienfaisante sur la population. De nombreux jeunes entrent dans les rangs du maquis et feront campagne en Alsace jusqu’au Tyrol et BERLIN au sein de la Brigade Légère du Languedoc  devenu 80ème R.I.

Pierre JAUDON (Grandir entre deux Guerres  – Edition Lettres du Monde) rapporte qu’à CASSAGNES, les villageois ont assisté nombreux à une cérémonie du 14 juillet 1944 en présence du maquis. A SALMIECH, DURENQUE, AURIAC-LAGAST, aucune crainte ne se manifeste à l'égard de la présence des maquisards. Ils participent aux travaux des champs en échange de la nourriture et de l’accueil de paysans qui  prennent cependant des risques considérables. Car, il ne faut pas oublier : chaque village compte des mouchards : miliciens, collaborateurs ou autres sympatisants.

Embuscades

Le Capitaine VILLEROY, alias JACQUES, assure  la liaison entre le Commandant régional SCHUMACKER et le Commandant départemental Frédéric PUGET. Il reçoit  mission de se rendre à REQUISTA afin d'obtenir des renseignements sur la destination du convoi, son importance armement, effectifs…
Il part à moto de LA SELVE accompagné de Paul BRUNO. Il est 19H30. A l'entrée de REQUISTA, il donne ordre à BRUNO de l'attendre dans une châtaigneraie jusqu'à 22H00. Il ne le reverra plus vivant. Un détachement allemand occupe une maison sur la droite un peu à l'écart de la route. Les hommes ivres chantent à tue-tête.
Découvert par une patrouille, il est soupçonné d'appartenir au "maquis ". Placé devant une mitrailleuse, il ne doit son salut qu'à une diversion causée par l’éclatement d’une fusillade dans les gorges du Giffou. Il apprendra plus tard qu’il s'agit de Paul BRUNO intercepté par une patrouille, retrouvé sans vie, la moto jetée dans le Giffou (affluent du Viaur).

Le Commandant PUGET, sur ordre du Colonel SCHUMACHER,  décide de tendre les deux embuscades prévues sur la Départementale 902. L'une au sud,  au lieu dit MOULIN-DE-CLARY, par le groupement aux ordres du Capitaine CABOT. Une deuxième  à 1,5 kms de l’abbaye de BONNECOMBE aux ordres du Lieutenant CROCCICCIA alias BIANCA  avec les sections des lieutenants FIRTION, JAUDON.

La colonne allemande.
Le détachement allemand fait partie du "Groupe WILDE"  nom de son Chef. Il compte 2 bataillons cantonnés à ALBI. Son rôle est de réprimer les maquis.

Il appartient à la 11ème panzerdivision dont l'état-major est à REVEL. Contrairement à la 2ème panzerdivision SS "das reich", qui s'est signalée tristement à ORADOUR-SUR-GLANE, c'est une unité de la Werhmacht. Elle a combattu aussi  sur le front Russe. Durement éprouvée, elle  se trouve dans le sud-ouest pour  recomplètement des effectifs et reconditionnement du matériel.(*)

A 5H00 du matin, la colonne allemande est rassemblée à la sortie de REQUISTA. L’œil exercé du Capitaine LEROY note  le dispositif:

- en tête, un peloton d'une cinquantaine de cyclistes et moto cycliste armés de mitraillettes et de grenades à manche procèdent à la reconnaisance des points suspect protégés par deux auto-canons semi-chenillés.

- 30  camions bourrés de soldats disposant de mitrailleuses MG (15 mitrailleuses dénombrées)
- 1 camion plateforme avec mortiers de 30 ou 60m/m en batterie
- une ambulance ferme la marche
- un car, réquisitionné aux Etablissements  de transport LECOULS à REQUISTA, donne à penser que des transports d’otages  sont envisagés. (LECOULS, chef du secteur de l’AS de REQUISTA)             

(Selon certains témoignages, il y aurait  eu 4 automitrailleuses : 2 en tête, 1 au milieu et 1 en fin de convoi). des voitures (Mercedes, citroen 11cv).  Au total, la colonne est forte de 300 hommes environ, soit l'équivalent de 2 Compagnies d'infanterie renforcées.

Le dispositif et l’orientation de la colonne indiquent un déplacement vers RODEZ.

Pourquoi cette colonne ?
A défaut de certitudes, on peut avancer plusieurs hypothèses vraissemblables dans le contexte :
- tester la sûreté de l'un des itinéraires de RODEZ vers MILLAU, MONTPELLIER, dans l'hypothèse du repli des troupes. Il est probable qu’avec l’annonce d’un débarquement en Provence, les Allemands préparent le repli et la reconnaissance des axes routiers principaux.
- obliger les maquis à se découvrir pour mieux les situer et éventuellement les détruire ?
- intimider la population (faire des exemples ?)
A part quelques intrusions dans les villages (LA GARDE, BEGON)  la colonne n’engagera pas ses éléments dans une course poursuite pour tenter de circonscrire les maquis.
Au départ de RODEZ, le 18 août, cet itinéraire ne sera pas utilisé. Les Troupes emprunteront la route de MILLAU par FLAVIN et BOIS-DUFOUR, préférant le risque de s’exposer aux straffings aériens que de se déplacer sur les itinéraires sinueux et accidentés.

Mais on ne peut exclure aussi l’hypothèse d’une opération punitive sur les villages avoisinants les lieux de combat. Le village de LA SELVE, heureusement évacué, a été la scène de pillages, incendies, des habitants de BEGONS se rendant à la messe  ont été mitraillés de loin, heureusement sans pertes..


CASSAGNES aurait-il pu devenir ORADOUR ?

A l'aube du dimanche 6 août 1944, les habitants de villages bordant la départementale D 902, de REQUISTA à LUC-PRIMAUBE ignorent qu'ils auraient pu subir le même sort que ceux d'ORADOUR-SUR-GLANE (10 juin 1944). Car, outre l’O.R.A.,  des maquis très actifs: maquis JEAN-PIERRE, STALINGRAD maquis FTP de CODOULS ont déjà provoqué l’intervention des troupes allemandes. Ce fut le cas notamment le 18 juin 1944 à VILLEFRANCHE DE PANAT où des civils furent tués.
 
La chance, si l'on peut s'exprimer ainsi, est l’écroulement du front de Normandie, l’avancée irrésistible à l’Est de l’armée rouge et les événements qui secouent l’armée allemande. HITLER, dans son obstination à mener une guerre totale,  a fait l’objet d’un nouvel attentat qui a échoué. Des généraux tentent de négocier en sous-main avec les américains un renversement d'alliance contre  les Soviétiques. Pour cela, ils doivent conserver un potentiel humain important. 

D’autre part, la colonne allemande est une unité de la Werhmacht. Leurs exactions ont été moins nombreuses et moins cruelles que celles des Waffen SS. Piètre consolation pour les familles des victimes civiles qui périront comme otage parce qu’elles étaient là, par hasard. Mais le pire a peut-être été évité.

Pour l'heure à REQUISTA, les allemands discutent du sort à  réserver au Capitaine VILLEROY.  Deux Lieutenants veulent le placer en tête du convoi. Finalement, le Commandant décide qu'il prendra place dans le dernier véhicule, le car LECOULS. Un Sergent, revolver au poing, se place à ses côtés. 

Première embuscade

La doctrine militaire enseigne que le sucés d'une embuscade vient de la surprise crée, du choc du feu et de la rapidité à se disperser après l’action.  Le sang froid, la discipline de feu et l’intensité sont les éléments clé. (Ouverture générale du tir sur un signal donné). La stratégie consiste à laisser passer les éléments de tête, pour frapper violemment, par un feu de courte durée, le corps de la colonne. A l'aide d'abatis, (arbres, rochers,) on tente de paralyser une partie du convoi sur lequel sont concentrés les tirs et jets de grenade.

La réalité, on le devine, est toute autre. Les actes les plus élémentaires, comme celui d’observer la situation, approvisionner son arme (viser), dégoupiller une grenade, peuvent devenir compliqués s’ils n’ont été appris et répétés dans l'ambiance d’exercice de combat. C’est l’instruction. Et celle-ci, en dépit d’un encadrement de premier ordre, manque.

La route sinueuse de REQUISTA à LA PRIMAUBE (dite improprement gorges du Viaur, seulement de PONT DE GRANFUEL à CAYRAC), encaissée, pentes abruptes surplombant la route avec de nombreux couverts, est propice aux embuscades. L'emplacement au lieu dit MOULIN DE CLARY à l’affluent de la Durenque et du Giffou est bien choisi.  Trop, peut-être. La topographie de cet endroit ne peut qu’éveiller la méfiance des troupes allemandes. qui disposent en outre des renseignements donnés par les organisations de collaboration.

 
Le déroulement de l'action

 A 5H30, la colonne allemande s’ébranle lentement vers RODEZ.  Un intervalle de 20m sépare chaque véhicule. Des éléments cyclistes et motocyclistes de reconnaissance précédent le convoi étalé sur plus de 600 m.  Ce dispositif laisse supposer qu’ils s’attendent à une embuscade. Sur les véhicules les mitrailleuse sont en batterie, bandes engagées, prêtes à servir. Les camions débâchés, les hommes prêts à débarquer selon une configuration que connaissent bien les combattants d’A.F.N.
A 6H45 les détonations d'armes automatiques résonnent dans la vallée du Giffou. 

A la hauteur de MOULIN-DE-CLARY,  le Capitaine CABOT dirigera l’embuscade. Il dispose d’une cinquantaine de maquisards qu’il a répartis en 5 groupes :  3 groupes sont installés à l’Est de la départementale 902, les 2 autres  à l’Ouest de la route.

- le groupe 1: Adjudant ANDRIEU, installé à environ 300m  au Sud-Est du Moulin a pour mission de prendre la colonne ennemie dans son flanc ou à revers.
- Le groupe 2: Sergent-Chef VIARD, installé à 300 m au Nord doit prendre le centre de la colonne sous son feu (dispose d’une mitrailleuse). Les grenadiers (grenade Gramont et mitraillette STEN) attaqueront le centre de la colonne protégée par des voltigeurs
- Le groupe 3: Adjudant-chef GERMOND, installé à 450m au nord du Moulin  doit prendre sous son feu (dispose d’1 mitrailleuse) la colonne d’enfilade, les grenadiers doivent attaquer la tête de colonne ( grenade Mills et Grammont, mitraillette Sten ) sous la protection de voltigeurs.
- Le groupe 4: Sergent-Chef JACQUEMIN, installé à 500m au nord st du Moulin doit empêcher une infiltration de l’ennemi par le ravin qui est à l’ouest de la route (D.602)
- Le groupe 5: Adjudant-chef MARCHAL installé a 600 m au nord-ouest pour mission de protéger le flanc droit du dispositif pour éviter l’encerclement vers l’ouest

C’est un dispositif ambitieux, intelligent, mais qui demande une synchronisation et une discipline d’exécution parfaites. Les  groupes sont trop nombreux et trop dispersés pour la concentration des feux. Bien que croisés, ils n'impactent pas suffisamment la partie sensible du convoi. L’utilisation de 5 mitrailleuses  HOTCHKISS peu performantes (400 coups minute), encombrantes (poids 27 kilos) et  facilement repérables (trépied ), a été fortement contestée dans une embuscade où la rapidité du repli est la règle.

La fusillade très vive dure 40 longues minutes. Selon certains témoignages, la discipline de feu n'a pas joué. L’ouverture du feu prématurée sur le peloton cycliste  déclenche une réactivité immédiate des éléments de la colonne insuffisamment engagée dans le dispositif. Les fantassins débarquent des véhicules et  sous couvert du tir de mitrailleuses MG à cadence rapide (1200 coups minute, poids 11,5 kg) de mortiers de 30 ou 60m/m, se déploient de part et d’autre de la route, grimpent les talus dans un  mouvement d'encerclement. Le combat  dure 2H00 jusqu’à ce que l’ennemi se rende maître du terrain.. 

C’est au cours de cette manœuvre que, pris à revers sous le feu des mitrailleuses des groupes GERMOND et JACQUEMIN, l’ennemi essui cependant des pertes sévères.

Face à cette puissance de feu, certains éléments décrochent tardivement. Au total, 7 tués dont des blessés qui seront achevés. Excédés, les allemands fusillent le meunier qui a abrité un maquisard. Un camion chargé de mort et de blessés est envoyé à ALBI. (rapport du Commandant PUGET).
Les allemands recomplètent les dotations de munitions, se restaurent avant de reprendre, aux environs de 10 heures, avec lenteur et méfiance accrue, la progression vers CASSAGNES.
Au village de LA SELVE, évacué par crainte de représailles, ils dynamitent le P.C. de l' O.R.A. ( l'Ecole publique) ainsi qu'un bâtiment. Ils pillent  et saccagent les maisons du village.

A CASSAGNES, ils fouillent les maisons arrêtent comme otage LAINIEL de SALMIECH (sera exécuté à STE RADEGONDE le 17 août). Ils informent la population que s’ils sont attaqués par les maquis, ils reviendront pour y accomplir des représailles.

 
Deuxième embuscade « Bonnecombe »

La deuxième embuscade a été mieux préparée. Les emplacements ont été reconnus ainsi que les itinéraires de repli. Elle est tendue à 1,5 km au sud  du monastère de BONNECOMBE. Un élément a pris position à une carrière de pierre, l'autre dans les bois pentus à l'est du Viaur. Leur position  est parfaitement située en aplomb de la route. Cependant l'écroulement d'un rocher miné, qui devait barrer la route, a échoué. Mitraillés et arrosés de grenades, les Allemands mettent pieds à terre. Le maquis décroche en ayant perdu trois des leurs.

L'affaire a été menée rondement avec plus d’esprit tactique et de "professionnalisme". Les allemands perdent 5 camions et une quarantaine  de soldats dont le Commandant de la colonne. (source : Centre d’Histoire Militaire et d’Etudes de la défense Nationale).

Dans un cas de figure désormais habituel, ils arrêtent des civils.  M. THOMAS, Ingénieur des Ponts et Chaussées très connu à RODEZ et M. RAYNAL, cultivateur, seront abattus sur place sans motifs.

Le récit détaillé de ce combat est relaté par Pierre JAUDON lieutenant, responsable du secteur de SALMIECH, présent sur les lieux,  dans son splendide ouvrage «  Grandir entre deux guerres » édition Lettres du Monde

 
Les Conséquences

 Au soir de cette journée, il reste à tirer les enseignements. Face à une Troupe entraînée, la rigueur et l’instruction s’avèrent indispensables contre l’improvisation d’une action militaire d’une certaine envergure dont le succès ne relève que de la mythologie révolutionnaire.

On a tenté par manque d’information et aussi par stupidité, il faut le dire, de faire porter la responsabilité des pertes de MOULIN-DE-CLARY sur le Capitaine CABOT. C’est oublié un peu vite que dans la chronologie des faits, dont nous avons connaissance aujourd’hui, le Capitaine CABOT n’avait pas les renseignements du capitaine VILLEROY détenu par les Allemands.

Le Commandant PUGET (compte rendu du 15 novembre 1944) reproche, certes, au Capitaine CABOT d’avoir voulu engager une bataille rangée contre un ennemi beaucoup plus fort, plus mobile et mieux armé. Mais l’unité, dit’il, est sortie à son avantage de ce combat qui coûta la vie à 40 soldats allemands, selon une évaluation modeste des témoins.

On se pose encore certaines questions auxquelles auraient pu répondre le Capitaine CABOT, si,  menacé par des éléments du maquis, il n’avait jugé plus prudent de s’enfuir. Son témoignage manque sur une action qui fit subir aux allemands des pertes nettement supérieures aux nôtres.

Une réorganisation est opérée. Le Commandant BRUGIE, officier d’active, adjoint de PUGET prend le Commandement de 2 compagnies portées à 300 hommes le 17 août 44. Il deviendra le Bataillon O.R.A de l’Aveyron qui poursuivra le retrait de la colonne allemande de RODEZ à MONTPELLIER, fera campagne en Alsace avec la B.L.L et 80°R.I.  Son PC est fixé à MONTEILLET à la ferme de M. BELLOUGUET.

En dépit des erreurs et des insuffisances, cette action, modeste dans le concert général, aura contribué avec celles qui ont été menées par les autres maquis du département, de la région et de la nation, a ralentir l'ennemi obligé de se déployer, garder les itinéraires, déployer une logistique.

Mais c’est du point de vue psychologique que le résultat est le plus remarquable. Ce combat, 13 jours avant le départ des Allemands de la garnison de RODEZ, aura un effet dévastateur sur le moral du soldat allemand et caucasien (Azéris). Parmi les Azéris, il faut noter une recrudescence des révoltes et désertion.

Cette journée du 6 août dans les "gorges du Viaur" a fait 10 victimes civiles ou combattantes martyrs d'une cause nationale dont les valeurs universelles sont honorées par la population.

Quelques jours avant la "libération de RODEZ", le moral du soldat de la Werhmacht est au plus bas. Il a assisté aux obsèques grandioses célébrés à la cathédrale de RODEZ de M. THOMAS, ingénieur des Ponts et Chaussés, (otage fusillé par les allemands).

Les Ruthénois se sont déplacés en masse. Les écoles, mouvements de jeunesse en uniforme se sont joints à la cérémonie. L'hostilité sourde qu'il trouve se révèle constante, démoralisante. L'homme qui se croyait vainqueur pour une noble cause, se voit méprisé, haï, menacé. Que de désillusion pour ce soldat loin de son foyer prêt à accepter la " sale besogne " au nom d'une civilisation dont on lui disait que Dieu en était le centre.

"Gott mit uns" gravé à la boucle de leur ceinturon pour ne pas oublier la grandeur de sa mission. Il ne peut plus être fier de son idéal, sali dans son âme, trompé dans sa foi et sa croyance. Seules, les Troupes nazies fanatisées se battront jusqu’au bout avec l’énergie du désespoir pour un Chef qui choisira de disparaître pour ne pas affronter ses juges.

C'est un soldat désabusé, déjà vaincu. Avant de rejoindre les siens et essuyer l’opprobre internationale, il devra affronter le danger des armes servies par des maquisards convaincus de la supériorité d'une valeur toute simple apprise comme leurs pères sur les bancs de la communale: la valeur  sacrée de la liberté...

En est-on digne aujourd’hui ? On peut se poser la question sans qu’il soit nécessaire de fouiller dans les entrailles du programme du C.N.R dont la plupart des résistants dans les maquis ignoraient l’existence.

 La Mémoire !..

Un monument de granit élevé sur les lieux du combat commémore ce face à face mortel de jeunes gens du même âge.
Les uns avaient claqué des talons un peu trop forts, naïvement emportés par l’orgueil national, humiliés par le traité de la première guerre.  Il aura suffit d’un caporal, peu doué dans l’art de la peinture, pour prêcher une croisade et tenter de promouvoir une race supérieure qui devait durer mille ans.
Les autres, méfiants, individualistes parfois rebelles, discutailleurs et râleurs. Sur ces lieux, à l'heure où le soleil décline, le pêcheur perdu dans ses pensées regagne sa maison souvent bredouille, libre d'apprécier cette beauté inaltérable des pentes sauvages du Giffou dans les odeurs de feuilles humides et de champignon.
Au cimetière de SALMIECH, une tombe où repose Manuel SOLER le plus jeune des maquisards de la Section Pierre JAUDON, âgé à peine de 16 ans, tombé en Alsace.
La mémoire est aussi le rappel de ce que nous sommes et des circonstances qui peuvent amener la barbarie. C’est un effort de réflexion, de recherche et d’information. Mais il ne doit pas intellectualisé la générosité, le dévouement, le réflexe patriotique en subordonnant ces vertus à des considérations  idéologiques et sectaires.  Les imprécations et incantations ne changeront rien à cette réalité. Et nous ne pouvons pas la considérer comme si elle était  extérieure à nous-mêmes en accablant les autres comme les seuls responsables.

  
Le Capitaine VILLEROY

"Dix minutes après le départ de REQUISTA éclatent des détonations de grenade suivies de rafales d'armes automatiques. La colonne s'arrête. Les allemands se déploient. Le Sergent me fit signe de descendre derrière lui. Nous rampons abrités par un parapet de 40 cms environ. Profitant d'un repli du terrain, je tente ma chance en basculant de l'autre côté du mur. Les balles sifflent à mes oreilles. Mais après m'être perdu dans les fourrés, les ronces et les feuilles de châtaigniers, je suis hors d'atteinte.
Je  reprends la route de REQUISTA en courant. C'est dimanche, les cloches sonnent pour la première messe. Sans carte, me fiant à mes instincts de topographe, je rallie à 16H30 CASSAGNES où le Commandant PUGET, alias ADHEMAR  avait transporté son P.C."

Sources :
Archives Colonel Eugène BRUGIE  "Annales militaire du Rouergue" - Témoignage Capitaine VILLEROY alias JACQUES, du maquis ORA et de la B.L.L. – Archives du Lieutenant FIRTION communiquées par son fils –  Conférence de M. CAMPERGUES, Instituteur à l’EM de la Subdivision militaire de RODEZ (1964) - Colonel PELTIER, Cdt. La Subdivision Militaire de l’Aveyron ( 1964-1965), membre de la "Commission de Wiesbaden " - Organisation résistance Armée publiée par le  Centre d’Histoire Militaire et d’Etudes de la Défense Nationale – Université Paul Valéry MONTPELLIER - Les Mémoires d’un Militaire d’occasion de Gilbert de CHAMBRUN –

(*) Bien que le Tribunal de Nuremberg ait condamné le chef de l’OKW Wilhelm Keitel et le chef d’état-major Alfred Jodl pour avoir commis des crimes de guerre, il ne jugea pas que la Wehrmacht était une organisation criminelle à l’instar d’organisations du parti comme la SS. C’est surtout sur le front de l’Est que furent commises les exactions.


 

 MAQUIS O.R.A DE DURENQUE


FLAVIN en Aveyron. Un fait d'armes ignoré.

Le 18 aôut 1944, les allemands quittent RODEZ. Ils ont reçu l'ordre de rallier la vallée du Rhône. Une colonne s'étire sur 5 kms de long.  A la hauteur de FLAVIN, elle subit un premier accrochage par un élément du maquis O.R.A de DURENQUE. Ce n'est pas l' improvisation d'un maquis en quête de notoriété, mais une action militaire ordonnée par le Commandement FFI dans le cadre d'actions concertées.   4H00 de feu nourri, où des maquisards ont épuisé leurs munitions, passés inaperçus dans l'histoire de la résistance aveyronnaise!..

On a complètement "zappé" ce fait d'arme  dans les ouvrages consacrés à la résistance en Rouergue. Aussi, en cette date anniversaire où j'ai assisté avec beaucoup d'émotion à la commémoration de STE RADEGONDE, il me semble juste qu'une paranthèse soit ouverte à la mémoire de ceux que l'on a complètement oubliés.

J'espère que la mémoire locale rattrapera cet oubli!.

Récit de René Brugié.


Ci-dessous le compte-rendu du Commandant E. BRUGIE d'une action commandée à FLAVIN (Aveyron)


Pour la compréhension des visiteurs, il faut savoir que le Colonel FFI de CHAMBRUN alias CARREL, après de nombreux déplacements périlleux auprés  des responsables des principaux mouvements de résistance du Languedoc: MUR, AS, FTP, ORA, a réussi à les fédérer au sein d'un même commandement FFI début 44.

Ainsi, le Lt.Colonel RICHARD, alias BONEFOUS,  nommé chef départemental FFI de l'Aveyron a autorité sur tous les mouvements du département. Il a structuré le département en 2 Secteurs:

- le Secteur Nord aux ordres du Lt.Colonel BENOIT,

- le Secteur Sud aux ordres du Lt.Colonel LEROY (attention aux pseudonymes).

 L'autorité du Colonel de CHAMBRUN comme Chef régional FFI, nommé  par le Comité d'Alger, est reconnu par le directoire des MUR ( mouvements unifiés de résistance) et le général KOENIG (chef des FFI nommé par le gal de GAULLE).

Compte -rendu

" Le 16 août 1944, à 18H00, je suis convoqué à LEDERGUES (Aveyron) par le chef départemental FFI RICHARD alias BONEFOUS. La garnison allemande de RODEZ va quitter la ville en formant une colonne de voitures (40 environs), le 17 août entre 4h00 et 6H00. Cette colonne devrait rejoindre MILLAU par un itinéraire inconnu. Selon toute vraissemblance, la colonne prendra l'itinéraire le plus direct et qui parait le plus sur. On peut écarter, sans toutefois l'elliminer, l'itinéraire par CASSAGNES propice aux embuscades dont les Allemands ne doivent pas garder un bon souvenir (embuscades du 6 août MOULIN-DE-CLARY, et BONNECOMBE). 

Le bataillon doit tendre une embuscade à 2 kms Est de FLAVIN sur la route la PRIMAUBE/MILLAU, soit à 35 kms du lieu d'implantation du Maquis ORA. (ferme MONTEILLET). La mise en place doit être terminée à 5H00 du matin.  

Dispersées dans les bois, certaines sections sont distantes de 6 kms l'une de l'autre. Les Moyens sont les suivants: 2 cies renforcées et 1 groupe franc, 4 mitrailleuses HOTCHKISS, 1 FM, armement individuel (pistolet-mitrailleur, fusils, grenades), 2 camions (1 gasoïl, 1 gazogène), 1 voiture, 1 moto.

Les intentions du Cdt. BRUGIE sont les suivantes : Mettre en place à FLAVIN, là où le passage de l'ennemi est probable, la Cie BATTLE riche en cadres d'active expérimentés et le Groupe Franc du lieutenant GERMON, avec mission de harcèlement. Dans l'hypothèse de l'itinéraire MILLAU par CASSAGNES, barrer la route à hauteur de BONNECOMBE avec la Cie. GUIGNETTE. Son P.C.sera à la sortie Sud de CASSAGNES.

Comme il est peu probable que l'ennemi utilise les 2 itinéraires, dés confirmation du choix de ll'un d'entre eux, transporter la Cie GUIGNETTE rendue disponible à CURAN où elle attaquera la colonne venant de PONT-DE-SALARS ayant déjà subi le feu de la compagnie BATTLE.

Les ordres sont donnés  au PC du Capitaine  BATTLE à AURIAC à  22H00. Il prendra l'itinéraire AURIAC, SALMIECH, LACAPELLE, VIAUR avec le meilleur camion à gasoïl accompagné d'une moto.

Le Capitaine GUIGNETTE reçoit les ordres à minuit à MONTEILLET (PC du Bataillon). Il se tient en liaison avec le Cdt. BRUGIE à CASSAGNES. Dés son signal, il portera sa Cie à CURAN où il attaquera la colonne à VIAROUGE.

Ce n'est qu'à 5H00 du matin que la Cie BATTLE put se porter à FLAVIN où malgré un chemin des plus accidentés, elle arriva à 6H31. Terrain inconnu, il ne pouvait être question d'embuscade mais de démolir le plus de véhicules et d'ennemis possible et surtout casser son moral. La Cie GUIGNETTE regagne BONNECOMBE sans difficultés. Le terrain est connu de tous les gradés qui avaient participé à l'embuscade du 6 août.

A 6H20, le Cd. BRUGIE reçoit confirmation de l'itinéraire par FLAVIN. A 8HOO la Cie GUIGNETTE devenu disponible  embarque et arrive à 11H00 à SALLES CURAN. Trop confiant dans les renseignements donnés par des paysans, et oubliant le point fixé à CURAN, il se dirigea à BOULOC où naturellement l'ennemi ne passa pas. Quelques éléments participeront à l'ambuscade à BOIS DUFOUR.

A 9H00, le Cdt BRUGIE accompagné du Cdt PUGET du Capitaine ALLIE, du Médeçin-Capitaine DESTOURS, se porte à FLAVIN pour rejoindre le Capitaine BATTLE. Vers 11H00, il sembla que la Cie BATTLE, à défaut de voir la colonne, s'apprétait à décrocher. Il fallut user d'autorité pour maintenir les hommes à leurs emplacements. Le Groupe Franc du lieutenant GERMON porté au point le plus éloigne du dispositif, au contact de la tête de colonne, fit entendre le bruit de la fusillade qui s'étala sur toute la ligne.

L'ennemi dispose de maitrailleuses portées sur camions qui jalonnent la route pour surveiller ses flancs. Copieusement arrosés, les hommes changent de position et ouvrent le feu une deuxième fois. Mais le poids et l'encombrement des 4 mitrailleuses HOTCHKISS obligent à les mettre en lieu sur. Le combat continue avec des pistolets mitrailleurs et fusils en s'approchant davantage de la route en utilisant le cheminement des haies.

A 14H50, les derniers véhicules  passent à la hauteur de VIEIL VAYSSAC. Plusieurs maquisards ont épuisé  leurs munitions. Le combat a duré 4 heures de 11H00 à 15H00. A 16H30, les unités sont rassemblées prêtes à être embarquées. Pas de pertes en hommes ni matériels à déplorer chez BATTLE et au groupe franc.

Les pertes infligées aux Allemands n'ont pu être inventoriées avec précision. On estime une centaine de tués, de nombreuses voitures et chevaux mis hors d'usage. Il est problable que le moral de l'ennemi fut mis à dure épreuve.

Il faut noter aussi que les Allemands n'ont pas tentés de manoeuvrer pour réduire les auteurs du harcèlement. Ils privilégiaient le facteur rapidité du déplacement à la reconnaissance préalable des lieux susceptibles d'abriter des ambuscades.  Ils exposèrent ainsu le flanc gauche de la colonne dans un long défilé ininterrompu aux tirs meurtriers de 4 mitrailleuses servies par des sous-officiers d'active parfaitement aguerris. Il est vrai que le va et vient, sur le côté gauche de la colonne, de camions munies de mitrailleuses MG42 obligèrent les assaillants à modifier leur stratégie au cours de l'action.

Nota: M. CAMPERGUE de RODEZ a confirmé, au cours d'une conférence tenu en 1965 à l'état-major de la subdivision de l'Aveyron, les résultats d'une enquête confirmant une centaine de tués parmi les Allemands.


MAQUIS AS PAUL CLAIE

-Le combat de La Pezade-
22.08.1944

Situation générale

Les troupes allemandes du Sud-Ouest ont reçu l’ordre de repli général par la vallée du Rhône pour former une ligne de défense dans la région de DIJON.  La garnison de RODEZ composé 2 colonnes  se déplacent sur la route de LA PRIMAUBE – MILLAU – LE CAYLAR – LODEVE – MONFERRIER – SOMMIERES – ALES - AUBENAS
Le chef de la région R3 (Languedoc + Aveyron), le Colonel Gilbert de CHAMBRUN alias CARREL a reçu l’ordre de ralentir les colonnes venant de l’Ouest et de "les pousser" dans les itinéraires sinueux et accidentés de l’Hérault, du Gard, installe son PC a CLAPIERS où elles seront harcelées parfois démantelées par les maquis locaux et l’aviation alliée.

Gilbert de CHAMBRUN regroupe les maquis au CLAPIERS pour son entrée à MONTPELLIER abandonnée par les  Allemands.
L’épisode qui suit est le récit par un acteur de la dramatique rencontre le 22 août entre de jeunes maquisards téméraires et une colonne allemande Au CAYLAR aux abois.


Récit de Jean NORMAND –

Ce modeste hameau, à l’exacte limite des départements de l’Aveyron et de l’Hérault, fut, le 22 août 1944 le lieu d’un combat acharné, mais disproportionné, où la section de sabotage du Maquis Paul CLAIE a été totalement anéantie.

En tant qu’ancien du Maquis Paul CLAIE, et ayant suivi toutes ces opérations de très près, je tiens à faire connaître les faits tels qu’ils se sont passés.

« Le 18 août 1944, le lieutenant DUMONT, chef du Maquis Paul CLAIE, reçoit du chef régional FFI, le colonel de CHAMBRUN, alias CARREL, l’ordre suivant : " Interdire le franchissement du Pas de l’Escaler par destructions et sabotage, et tenir le barrage pendant trois jours " ; l’ordre est apporté par un officier de liaison, le lieutenant Raymond LACE.

Une de nos unités, le groupe léger N°1, commandé par le capitaine GALLIOT, nomadise depuis fin juillet entre SAINT-PIERRE-DE-LA-FAGE et l’Escalette, et peut assurer une couverture.
Le Lieutenant DUMONT confie l’opération à la section de sabotage commandée par son lieutenant PAYS, S.A.S.parachuté avec la mission interalliée dans la nuit du 12 au 13 juin 1944. Cette section a été préparée et entraînée à ce genre d’opérations.

Le départ a lieu le 18 août 1944 vers 16 heures à bord d’une traction avant Citroën et d’un camion gazogène, avec vivres, munitions, explosifs, et tous les outils nécessaires. A leur arrivée, la section prend contact avec GALLIOT qui ne leur signale rien d’anormal.

Le 19 au matin, le travail commence et dure jusqu’au 21 au soir. Le 22, dans l’après-midi, une
Section commandée par le maréchal des logis chef GRANIER relève la section de sabotage, et
assurera la défense de l’ouvrage.

Mission terminée, la section PAYS prend la route du retour et s’arrête AU CAYLAR ; les habitants sont affolés car des unités allemandes passent sans arrêt, empruntant la route de Saint Pierre de la Fage ; la retraite allemande du Sud-Ouest est en marche. Il est conseillé aux maquisards d’éviter le contact en passant par LES RIVES, mais les garçons ne veulent rien entendre, et surtout leur chef qui ne rêve que de rencontrer le Allemands.

Ils rembarquent dans leurs véhicules et se dirigent vers LA PEZADE et l’embranchement de CORNUS »
A partir de maintenant nous ne pouvons que relater les récits de témoins, à savoir : les prisonniers allemands de la colonne retrouvés à Montpellier, le berger BARASCUD, témoin oculaire - il était sur les lieux avec son troupeau -, enfin trois braconniers du CAYLAR qui " furetaient " dans le secteur à 200 ou 300 mètres, et qui se protégeant derrière les rochers auraient assisté au combat. Cette dernière information nous fut donnée en 1987, 40 ans après les faits, mais recoupe les déclarations de BARASCUD et des prisonniers allemands.

Je vous donne donc ci-dessous la version retenue :
« La 11CV roule à environ 50 mètres du camion ; en bout de ligne apparaissent deux camions allemands. Nos hommes stoppent, giclent des véhicules et ouvrent le feu en courant ; ils prennent position côté droit, direction MILLAU, avec un F.M. ; le second F.M. et 3 hommes prennent position côté gauche.
Les Allemands se replient. Les maquisards croient , certainement un peu vite, qu’ils sont gagnants et restent sur une position très délicate, car ils ignorent qu’ils sont tombés sur une colonne importante et organisée.

La riposte allemande est violente : tirs d’artillerie, de mortiers, véhicules blindés. Nos pauvres garçons sont cloués au sol, sans aucune possibilité de manoeuvre.
Le combat dure longtemps ; la plupart des nôtres sont tués ou blessés par la mitraille ; ces derniers sont achevés d’une balle dans la tête.

« Le 22 août 1944 au soir, le maquis Paul CLAIE arrive aux Rives et prend position autour du
village. Nous apprenons qu’on s’est beaucoup battu du côté de LA PEZADE. A 21 heures, une réunion des chefs de maquis du secteur a lieu à l’école des Rives, en présence du Commandant RICHARD et du Colonel LEROY qui donnent leurs directives pour les jours suivants.

A la sortie de la réunion, DUMONT envoie une auto en reconnaissance, car sans nouvelle de la section de sabotage; elle devra d’abord prendre contact avec GALLIOT  et le Sergent-chef GRANIER qui garde l’Escalette. La patrouille comprend : Joseph TORRÈS, André BESSIÈRES, André GIBERT, Jean BACCI, Raymond LACAZE.

GALLIOT leur signale un combat violent en fin d’après-midi vers Le CAYLAR, confirmé par le groupe GRANIER ; ce dernier s’est foulé la cheville et ne peut marcher. Il repart avec la patrouille, direction LE CAYLAR ; on s‘arrête à la gendarmerie qui indique que l’on s’est battu à LA PEZADE. Ils poursuivent leur route prudemment et découvrent, juste avant le hameau de LA PEZADE, le camion gazobois, portes arrière ouvertes. Joseph TORRES stoppe aussitôt ; Jean BACCI et Raymond LACAZE sortent immédiatement et André GIBERT aussi, qui découvre les premiers corps.

TORRES comprend que les Allemands ne sont pas loin et fait faire un demi-tour à la voiture. Les Allemands déclenchent alors un feu d’enfer et la voiture s’éloigne pour se mettre à l’abri ;

LACAZE et BACCI s’abritent tant bien que mal dans les rochers ; André GILBERT plonge au milieu des morts. Petit à petit LACAZE et BACCI se dégagent, passent la nuit dans une bergerie et rejoignent LES RIVES  vers huit heures. André GILBERT, lui , fait le mort ; l’ennemi patrouille sans arrêt et lance des fusées éclairantes ; avec mille précautions, il réussit à atteindre les rochers. Il se perd car la nuit est profonde, et part vers l’ouest au lieu de l’est. Il se retrouve à l’aube près de la route de LA COUVERTOIRADE parcourue sans cesse par des véhicules allemands. Il se cache dans un massif de buis ;
vers 15 heures, le calme revenu, il se dégage et se retrouve au Mas AUSSEL où on le réconforte et où on le fait manger et boire.

 Il rejoint le village LES RIVES. Nous sommes très heureux de le revoir, mais cette fois plus de doute, il n’y a plus de survivants de la section de sabotage.
Pour nous, aux Rives, la journée du 23 est vécue dans l’angoisse ; nous entendons tirailler sans cesse. A plusieurs reprises nous envoyons des patrouilles, à pied, qui, chaque fois, se font sèchement recevoir par les tirs allemands. En fin d’après-midi, tout redevient calme et on nous prévient que la colonne allemande vient de partir.

DUMONT  m’emmène avec quelques hommes vers les lieux du combat. A notre arrivée, nous voyons une charrette attelée d’un cheval et quelques civils qui commencent à relever les corps. Ils sont dirigés par le cordonnier du CAYLAR, un infirme au pied bot, qui montre de grandes qualités de courage et d’abnégation ; il sait trouver les mots pour nous encourager. Nous en avons besoin ; le spectacle est épouvantable, nos camarades gisent tout démantibulés et mutilés, blessures affreuses, corps gonflés et une odeur déjà insoutenable. Nous les relevons tout de même avec mille difficultés car ils sont en morceaux ;

la charrette les emmène ensuite sur le petit chemin des RIVES, où il faut les décharger pour les déposer sur un camion qui vient d’arriver. Je suis au bas du camion, et avec l’aide d’un camarade, nous passons les corps à Joseph TORRES et  Aimé AT, qui les allongent sur le camion. Le sang coule de partout. Je les compte pour la deuxième fois et je m’assure qu’il n’y a, hélas, pas de survivants !.

Arrivés aux Rives à la nuit tombée, je vais me laver à un gros abreuvoir. On nous sert du pain et de la charcuterie et on nous incite gentiment à manger. J’ai l’odeur des morts imprégnée sur mes mains et sur moi ; j’ai mis trois jours pour m’en délivrer.

Les gens des RIVES sont parfaits ; ils organisent une chapelle ardente pour nos morts. Un peu plus tard, le camion prend la route de SAINT-AFRIQUE et le personnel de l’hôpital va rendre quelque décence à nos pauvres disparus…. »
Et maintenant que les résistants de la 5ème heure, les journaleux en mal de copie, les collaborateurs mal repentis nous fichent la paix !


 La Pezade

Un chasseur américain abattu

22 août 1944


Ce même jour vers 16H00, 2 chasseurs américains type MUSTANG P-51 basés à BORGO en CORSE, survolent la RN.9. Ils ont repéré la colonne allemande. Armés de 6 mitrailleuses de 12,7 m/m et de 11 roquettes, c’est l'un des avions les plus redoutables de la flotte US.

Les témoins se souviennent avoir vu les deux avions dessiner un grand cercle au-dessus de LA PEZADE et descendre "en piqué" l’un derrière l’autre. Ils ont mitraillé à plusieurs reprises, disent-ils. Au moment de la ressource, un avion est touché. Il chute en vrille et s’écrase en feu vers LES INFRUTS.

Le Lt. Colonel de l’US AIR FORCE en retraite Roy D.SIMMONS, le pilote survivant, a été retrouvé. Il a fait le chemin de PENSYLVANIE à SAINT-AFFRIQUE pour recevoir la Légion d’honneur le 22 août 2010

Il témoigne «  C'est par hasard que son coéquipier et lui ont survolé et vu le convoi allemand sur le Larzac, dit-il. Il y avait des camions et des troupes. Ils ont piqué sur le convoi en tirant avec les 6 canons de mitrailleuses 12,7. Il a vu le Lieutenant HOY, son coéquipier, s'écraser.

Devant l’Assemblée recueillie, le Colonel Roy SIMMONS, très ému, évoque ce souvenir qui ne l’a jamais quitté. Le retour à ce lieu de combat, le bouleverse. Ce vieux soldat ne cache pas ses larmes. Une 24ème croix a pris place dans ce carré du souvenir, celle qui symbolise la disparition du Lieutenant Richard Francis HOY, son coéquipier.


 

22 août 1944 - 23 combattants du maquis Paul CLAIE périssent sous les balles allemandes à l'issue d'un combat inégal. Une 24ème croix symbolisera l'aviateur américain dont l'avion fut abattu sur les lieux.

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garcia eric | Réponse 07.10.2016 13.29

Bonjour je suis le fils de MR GARCIA HYPPOLITO faisant parti de ce maquis . Sauvé grace a son anniversaire le 22 aout 1944 j'aimerais + de renseignements merci

Henri Vidal | Réponse 07.08.2013 17.20

Erreur de frappe : la gendarmerie a fait évacuer Cassagnes la nuit du 7 au 8.
On a dit que les allemands ne sont pas revenu parce que le village était vide.

Henri Vidal | Réponse 06.08.2013 10.38

Oui, j'ai vu les automitrailleuses.
Prommesse de represailles faites au maire si nouvelle attaque. Cassagnes vidé la nuit du 6 au 7.

Nicole Denizot Puget | Réponse 28.05.2013 22.34

Monsieur
Merci pour votre réponse. Voici mon adresse mail : christian.denizot@orange.fr
A bientôt
Nicole Denizot Puget

Nicole Denizot Puget | Réponse 24.05.2013 22.54

Au nom de mon père, le colonel Frédéric Puget (commandant à l'époque des faits), mort en 1964, je vous remercie de mettre en lumière cet épisode de Flavin.

René BRUGIE 28.05.2013 18.49

Madame,
Je souhaiterai pouvoir correspondre. Pouvez-vous m'indiquer votre adresse de messagerie

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Commentaires

20.02 | 18:20

Bonsoir, Mon Père Marc Petit a été un des rares soldats du 80 RI à ne pas être fait prisonnier dans l'Aisne en compagnie de l'aumônier du régiment. rens SVP

...
29.12 | 20:51

Bonsoir je voulais savoir si l'amicale du 80 RI est toujours actif ?
Le frère de mon arrière grand-père était au 80 Ri et mort le 12.06.1940 à Lans (89)...

...
07.10 | 13:29

Bonjour je suis le fils de MR GARCIA HYPPOLITO faisant parti de ce maquis . Sauvé grace a son anniversaire le 22 aout 1944 j'aimerais + de renseignements merci

...
29.08 | 00:31

Bravo pour cette oeuvre de mémoire; Claire Berton, nièce du sculpteur Louis Bancel, qui érigea le Monument aux Déportés de Buchenwald au Père Lachaise;

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