Premier Combat...

Description

1er ENGAGEMENT - RECHESY -

Une partie du 3° Commando. de G.à D.:Yves LAUZE, VIDAL, BARILLON, ABRIC, Sgt. LAUZE André, TONAGRE, Adj.BATTESTI, BREYSE, LAURIOL, Lt. GRIMONPREZ

RECHESY est la dernière bourgade, avant l’Alsace pour les français, avant la Bourgogne pour les allemands. Située au débouché de la trouée de Belfort, dépression située entre le jura Suisse et les Vosges, c’est une position très convoitée  qui a donné lieu à de nombreuses rencontres au cours de toutes les guerres.

21 novembre " L'offensive dans la trouée de BELFORT par la 1ère Armée française a donné passage aux chars de reconnaissance du 1ère Régiment de Spahis le long de la frontière Suisse. Ils sont devant HUNINGUE. Une contre-attaque allemande lancée depuis les Vosges appuyée par la 30ème WAFFEN SS a refermé, à la hauteur de RECHEZY, la brèche derrière les chars empêchant tout ravitaillement en essence, munitions. La situation est critique.

Le Général de LATTRE met le Groupe de Commandos à la disposition de la 9ème D.I.C. (division d'infanterie coloniale). Il doit embarquer au camp du VALDAHON immédiatement pour dégager le bouchon à RECHEZY. Ensuite, il ira tenir un Secteur devant le Rhin, prés de BÂLE.

Le groupe de commandos embarque le 22 au matin vers 11H00 dans des rames de camions Dodge (6X6) venues de BESANCON. Il emprunte l'itinéraire VERCEL, BAUME-LES-DAMES, PONT DE ROIDE, DELLE, FLORIMONT, COURCELLES.
Le 23 novembre, le convoi, aprés avoir été arrêté par le mauvais état de la route (pluie intense et encombrement), est stopé  à nouveau par une résistance allemande qui coupe la route entre COURTELEVANT et SEPPOIS et entre RECHEZY et PFETTERHOUSE.

A 17h00, sous une pluie battante, les combattants du commandos mettent pied à terre et progressent en disposition de combat jusqu'à RECHEZY. La garde des véhicules est assurée par le groupe de mortiers.

Le Lt.Colonel GAUVIN du 6ème R.I.C. reçoit le commandement des éléments de la 1ère D.B, 5ème D.B. et de la 9ème D.I.C qui se trouvent autour de RECHEZY. Son PC est à l'école. L'attaque d'un bataillon du 6ème R.I.C. dans la journée du 23 a échoué. Il a subi des pertes sévères.
Selon les prisonniers capturés, des éléments d'infanterie aux environs de 200 hommes ont réussi à s'infiltrer dans le bois qui borde la route de RECHEZY à PFETTERHOUSE.

L'attaque est envisagée pour le 24 au matin. Le Lt.Colonel GAUVIN dispose:
  - II/6°R.I.C. (Lt.Colonel DABOVAL)
  - Groupe de commandos de la B.L.L (Lt.Colonel BRUGIE)
  - 2ème bataillon de la B.L.L ( Cdt. TESTOR)
  - III/R.A.C.M. (Cdt BOURGOUIN)
  - Peloton de protection de la base de la 1ère D.B. (S/Lt. GOUZE)

Le groupe d'attaque comprend 2 éléments qui vont progresser de part et d'autre de la route à dégager:

Le Groupe de commandos aux ordres du Lt.Colonel BRUGIE est chargé du nettoyage du bois situé entre la route de RECHEZY-PFETTERHOUSE et la frontière Suisse (côté sud de la route). Il est renforcé de 1 tank-Destroyer (M.D.L/Chef ROUX) et 1 char (M.D.L. PESSARDIERE).

Le Groupe aux ordres du Colonel DABOVAL, est constitué par le 2ème bataillon de la B.L.L.(Cdt. TESTOR) 2ème bataillon du 6ème R.I.C et un peloton de canons d'assaut (Lt. DOUZE).  Il progresse côté nord de la route.

Une batterie de 12 canons de 155 L (II/ RACM) située à la ferme ST ANDRE doit procéder sur le bois à un tir préparatoire et d'accompagnement de 3 200 coups, soit 40 T de munitions conduites à pied d’œuvre dans des terrains marécageux au prix de difficultés inouïes par des artilleurs qui méritent un coup de chapeau !

Trois tirs sont prévus:

-Tir de préparation A: Au sud de la route, partie ouest du Bois de 9H00 à 9h20 (NDL: la partie est est adossé à la Suisse)
-Tir d'accompagnement B: Partie Nord du Bois de 9H20 à 9H45
-Tir d'accompagnement C partie sud du Bois de de 9H45 à 10H10

L'attaque commence à 9H00 par une préparation d'artillerie. Le départ  a lieu des lisières de RECHEZY. Traversée sans difficultés de la prairie entre le village et le bois. Le 1er commando ( Cne. GOUDINOUX/BAYZANG) longe la route, le 3ème ( Cne. DEBROAS/LACAILLE) longe la frontière, le 2ème commando (Cne.BENEZIT) entre eux.
Le 1er commando aligné avec le groupe DABOVAL progresse sans difficultés jusqu'à PFETTERHOUSE. LE 2ème et 3ème commandos rencontrent une forte résistance appuyée par F.M. et fusils anti-chars. A 12H00, le 3ème commando se replie afin d'éviter un débordement par la frontière Suisse.

A 14H00, le 3ème commando reçoit l'ordre d'attaquer à nouveau appuyé à sa droite par le 4ème commando (Cdt GOMEZ/DÜRLEMANN) qui n'a pas été encore engagé. A 14h30, la frontière Suisse est atteinte sans résistance dans toute sa longueur.

On apprend des garde-frontières suisses que 120 allemands ont été internés dans la matinée et et 150 vers midi. Pertes du commando: 5 blessés. Butin important saisi en vivre, matériels, armes et munitions. Mission achevée, route dégagée, regroupement des commandos à RECHEZY. Le 2ème bataillon occupe PFETTERHOUSE, le groupe de commando RECHEZY.

Le 25 novembre: A 9H00 départ de RECHEZY. Arrivée à HESINGUE à 15H00. L'ennemi occupe la bande de terrain comprise entre le Rhin et la canal de HUNINGUE et notamment HUNINGUE, VILLAGE-NEUF, et les lisières de ST.LOUIS. Le Secteur est tenu par des éléments trés légers de Spahis.

Le  6ème R.I.C. vient d'arriver, le III/RACM arrive en même temps que la B.L.L. et prend position à BRINCKEIM. La B.L.L. est rattachée au 6ème R.I.C commandé par le Colonel SALAN. Sa mission est de tenir le secteur de ST.LOUIS à KEMPS. Le P.C. de la B.L.L est à la mairie d'HESINGUE, le P.C. du Groupe de commandos à la gendarmerie.
Le 3ème commando ( Cne. DEBROAS, Lt. LACAILLE qui regroupe le bataillon des cévennes) est dirigé sur BLOTZHEIM pour prendre position à BLOTZEIM-LA-CHAUSSEE.
Le 1er Commando ( Cne GOUDINOUX, Cne. BAYZANG qui regroupe une partie de l'ORA Aveyron+ le maquis BAYARD et ROLLAND) et le 2ème Commando (Cne. BENEZIT, Cne. BATTLE qui regroupe l'autre motié de l'ORA Aveyron) sont embarqués à HESINGUE pour prendre position dans la nuit à ST.LOUIS.

26 novembre: Le 3ème Commando (Bon des Cévennes) est relevé à BLOTZHEIM-LA-CHAUSSEE par le 2ème bataillon de la B.L.L (Cdt. TESTOR maquis ARETE-SAULE de l'Aveyron, maquis JEAN-PIERRE Aveyron, maquis DU GUECLIN).


Témoignage


Le Pasteur GRELET François, âgé de 16 ans (né le 09.02.1928) de la BLL, maquis 32 ème Cie CFL, bataillon des Cévennes du Commandant MAGNAN, témoigne.

NDLR: Ce récit est le plus complet, le plus cohérent. Il recoupe les faits rapportés par d’autres récits fragmentaires. On note le souci du détail, les réflexions naïves qui donne à ce premier engagement de la BLL, la vraie dimension de la peur, du courage de jeunes maquisards à peine sortie de l'adolescence.

Nous avons rejoint le camp du VALDAHON le 25 octobre 1944. Nous étions quatre commandos plus un bataillon d'aveyronnais et un groupe de reconnaissance regroupés au Groupe de Commandos. Tous volontaires. J'étais au 3ème Commando.

Le 18 novembre au soir, nous allons au magasin percevoir un équipement américain. Notre paquetage est fait, nous sommes prêts à partir. Le 22 au matin, une file impressionnante de dodge (6 x 6) avec remorque de la Cie de transport 99 de BESANCON viennent pour nous cette fois. Nous sommes 15 à l'intérieur. Je tiens les fonctions de tireur à la mitrailleuse et de chef de pièce.

Départ à 9H30 environ. La route est humide. L'allure est vive 60 km/h environ. Mais des attentes interminables au x carrefours encombrés nous retardent. Des débris encombrent les routes, nous roulons avec les "veilleuses" Le canon gronde nuit et jour. Nous passons devant une batterie de 155 long qui tirent. Les "boches" sont à 18 kms.

Nous arrivons à DELLES, prés de la frontière Suisse. Nous mettons pied à terre et nous rencontrons des tabors de la 9ème DIC. Nous avons passé 24 H environ en camion et nous sommes sales. Les routes sont boueuses, à moitié défoncées, en piteux état. La frontière Suisse n'est pas loin. Nous stoppons dans un village et de braves gens nous apportent de la nourriture, du lait, des pommes.

Vers 14h00, je vais à la frontière Suisse à 500 m de là. Les Suisses nous font un accueil chaleureux. Nous sommes les premiers soldats français qu'ils voient depuis 1940. Ils donnent à chacun un cigare et des boissons et s'offrent d'aller acheter des cigarettes avec de l'argent français au village éloigné de 2 kms.

Bientôt nous sommes au moins une centaine casquée armée en territoire Suisse. Notre Commandant est avec nous. Un contrôleur des douanes arrive et nous prie aimablement de repasser les barbelés. Nous obéissons. Le long de la route forestière, les Allemands ont creusé d'immenses fossés antichars et des abattis d'arbres comme s'il craignait une intervention Suisse.

A mon retour, j' apprends que l'arrêt prolongé est dû à des allemands qui sont réfugiés dans un bois. Ils interdisent tout mouvement à la colonne. Nous montons au-dessus de la route et aussitôt je mets ma mitrailleuse en batterie, pour surveiller les bois où sont les "boches". Une demi-heure après nous revenons prés des véhicules.

Il est environ 17H00, et c'est le départ pour l'attaque. Nous sommes en colonne et nous avançons le long de la route que suivait le convoi pendant encore 1 km environ. Nous dépassons des voitures, camions, le sol étant détrempé certains véhicules se sont enlisés. A la tombée de la nuit, nous arrivons au village de RESCHEZY. Nous croisons des Troupes qui descendaient. Je dois dire que cela fait tout de même quelque chose quand on sait que d'autres, engagés un jour avant nous et bien mieux armés, n'ont pas réussi à chasser les SS des bois dans lesquels ils s'accrochent.

Nos prédécesseurs ont eu 14 tués et une trentaine de blessés dans la journée. Nous montons dans le haut du village pour prendre position.. Toujours l'artillerie qui gronde. Tout d'un coup, un bruit de départ, un sifflement tout proche. Nous nous aplatissons dans un ruisseau, une explosion à 50 m. Les "boches" avaient encore une dizaine de 88. 3 chars envoyés en reconnaissance l'après-midi ne sont pas revenus. Il y a aussi quelques disparus.

On affecte une grange à notre groupe, 3ème groupe, 3ème Section , 3ème Commando. Avec le sergent-chef MAIRET, nous sommes en position prés des bois. La mitrailleuse prête à tirer, nous nous relayons sous la pluie. Les provisions de route s'épuisent. Le lendemain matin, vers 8h00 des civils donnent un bol de lait à chacun. Je trouve quelques pommes oubliées par terre. C'est tout pour 48H00.

L'heure H est fixée à 09H20. Nous sommes prêts et commençons à prendre position. La préparation d'artillerie commence. 1.500 obus de 155 longs passent au-dessus de nos têtes et explosent à 300 ou 400 m devant nous. Enfin, c'est à nous. Un civil d'une cinquantaine d'années c'est joint à nous et marche avec un vieux fusil datant de la guerre 14/18. Quelques coups de feu, mais pas de riposte ennemie. Nous avançons toujours avec précaution et nous voyons les traces laissées par l'artillerie française.

A 800 m du village environ des arbres ont été abattus. Et soudain des balles qui sifflent de tous les côtés dans toutes les directions, certaines traçantes venant de haut. Des SS étaient montés dans les arbres et avaient attendu que nous soyons à une trentaine de mètres pour ouvrir le feu. Je trouve un trou et je mets ma mitrailleuse en batterie. La frontière SUISSE est à environ 50 m sur ma droite.

Pendant 3H00 environs, la fusillade a tout cassé. Les Allemands utilisent contre nous des armes antichars qui provoquent des secousses plus importantes que les obus de mortiers. Impossible d'aller plus loin. Les arbres abattus forment une barrière à peu prés infranchissables, surtout avec ceux qui se cachent derrière. Les munitions commencent à manquer., on évacue des blessés vers l'arrière. A 10 m de moi, le Caporal-Chef JEAN Louis de BAGNOLS sur CEZE reçoit une balle dans le pied. Voilà que l'ordre arrive de décrocher, les munitions n'arrivent plus.

Le terrain est détrempé, on a parfois de l'eau jusqu'aux genoux. Nous nous retournons souvent pour tirer. Nous sommes à la lisière du bois. Avec un camarade, nous trouvons une boîte genre biscuit. Nous étions sur le point de la soulever quand pris de scrupules nous la regardons avec attention. Elle était "truquée" et une grenade devait exploser si on soulevait la caisse.

Les munitions arrivent et nous remontons diminués du nombre de blessés, une dizaine pour le 3ème commando et des 2 ou 3 qui partaient à l'arrière avec chaque blessé. Pas un coup de fusil ne nous accueille, les boches ont profité de la demi-heure de répit que nous leur avions accordée pour décrocher en Suisse. Deux douaniers Suisse nous annoncent cette nouvelle.

Nous visitons les retranchements qui étaient déjà très bien organisés depuis 4 jours, téléphone, appareils pour fabriquer de l'électricité, armes en tout genre, montagne de grenades, tentes etc., sans oublier le ravitaillement, pain, beurre, biscuits..

Ils avaient amener leurs morts, une dizaine et leurs blessés, 50 environs, en Suisse où ils sont passés 800 environ. Nous trouvons tout de même quelques corps oubliés; cinq. Je ne perd pas mon temps, je prends une motte de beurre de 3 kg, une couverture et un blaireau qui me sert toujours au moment où j'ai écrit ce récit. Dans presque tous les arbres, des balles. Pendant la bagarre, j'ai vu deux chevreuils complètement épouvantés.

Le soir nous redescendons au village où un peu de ravitaillement a fini par arriver. Nous couchons dans la grange avec les vêtements et souliers mouillés. Au matin, on retrouve les camions au milieu du village et acclamés par la population présente, 20 personnes au maximum, nous repartons.

Note de René Brugié: Ce texte est la version intégrale d'un enregistrement magnétique. il est protégé par Copyright.


Extrait du Journal de Marche du 3° Groupe de Régiment d'Artillerie du Maroc R.A.C.M.) -


"La seule route qui mène en Alsace a été coupée dans la nuit entre RECHEZY et PFETTERHOUSE par un régiment allemand.Toute la journée des convois se présentent, se heurtent à un  embouteillage complet, s'embourbent dans des chemins latéraux. Le 2° Bataillon du 6° R.I.C. a tenté de forcer le passage, mais l'ennemi solidement retranché dans les couverts, le repousse.
Nous devons appuyer l'attaque du 2° Bataillon du 6° RIC renforcé d'un bataillon FFI, le 24 au matin par un tir de barrage.
Le Chef d'escadron GOUZES, a trouvé prés de la ferme Saint-André, une position qui semble moins marécageuse.

12 canons et camions de munitions sont extraits du gigantesque embouteillage du groupe bloqué à la sortie de DELLES. Il faut faire dégager la route, parlementer, traverser des mares.
L'eau monte jusqu'aux moyeux….A la nuit, le groupe est en batterie sous la pluie. Le ravitaillement en munitions est entrepris.

Le commandant rassemble les pointeurs, expose la situation. Il s'agit de soigner les fantassins de l'armée coloniale. Les pointages doivent être à la hauteur de la confiance que nous font les
"marsouins" ( NDLR :appellation du jargon militaire pour désigner les fantassins de l'armée coloniale,)
Tout le monde se couche sauf l'orienteur qui attend une éclaircie pour faire sa polaire et fignoler la mise en direction des pièces.

3.200 coups dont 1.800 pour le groupe - plus de 40 T de munitions sont transportés sur 100 kms de routes glissantes, défoncées, embouteillés. Les canonniers transis, épuisés, renforcés par tous les disponibles, infirmiers compris, ne tiennent plus debout, mais ils déchargent jusqu'au dernier obus pour que le tir puisse avoir lieu à l'heure prévu pour l'attaque du bois.


 

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Commentaires

20.02 | 18:20

Bonsoir, Mon Père Marc Petit a été un des rares soldats du 80 RI à ne pas être fait prisonnier dans l'Aisne en compagnie de l'aumônier du régiment. rens SVP

...
29.12 | 20:51

Bonsoir je voulais savoir si l'amicale du 80 RI est toujours actif ?
Le frère de mon arrière grand-père était au 80 Ri et mort le 12.06.1940 à Lans (89)...

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07.10 | 13:29

Bonjour je suis le fils de MR GARCIA HYPPOLITO faisant parti de ce maquis . Sauvé grace a son anniversaire le 22 aout 1944 j'aimerais + de renseignements merci

...
29.08 | 00:31

Bravo pour cette oeuvre de mémoire; Claire Berton, nièce du sculpteur Louis Bancel, qui érigea le Monument aux Déportés de Buchenwald au Père Lachaise;

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